| Christophe Doucet ... Christian Malaurie 2012 in Documents d'artistes Aquitaine |
Christophe Doucet sculpte autant l'espace que les matériaux. Son regard porte loin, autant sur les éléments matériels qui configurent un territoire que sur les éléments symboliques qui permettent aux hommes de l'habiter. Il procède à des mises en œuvre, des mises en formes qui troublent la représentation commune attachée aux lieux sur lesquels il intervient. Ainsi, les modes d'identification qui servent de repères, de limites pour définir le propre d'une appartenance territoriale, sont bousculés, dérangés par le travail du plasticien. La production artistique de Christophe Doucet ne vise pas tant à réaliser des objets artistiques que le monde de l'art classe sous la catégorie sculpture, que des objets anthropologiques à forte valeur esthétique qui puissent être réappropriés par les populations habitant le territoire où son intervention, au sens fort du terme, a lieu. Que ce soit en Europe ou en Asie, donc, au sein de sa propre culture ou d'une culture autre, il procède de la même manière, avec la même volonté de produire du don en amenant le regard de ceux à qui ils s'adressent, à questionner la forme donnée à voir et ses répercutions en terme d'existence. A travers les réappropriations collectives attachées à un lieu se jouent sous la forme de rituels, souvent perdus, tout du moins en Occident, le jeu vivant des imaginaires qui animent les vies ordinaires. Ce que certains présenteraient comme un geste banal devient par la puissance d'intervention de l'artiste une occasion exceptionnelle de renouer avec un site existant, de réinventer des pratiques, de réactiver des récits liés au lieu. Une parole est livrée à travers une forme plastique, une parole qui appartient non seulement à l'artiste mais aussi à ceux à qui il s'adresse avec autant d'efficience que de modestie. La monumentalité des sculptures exposées en pleine visibilité laisse alors la place à la puissance esthétique d'un invisible, qui accorde, fait lien avec l'espace habité, et place le spectateur « devant le temps ». L'acte de production artistique, signé Doucet, prend sens alors dans cette manière singulière où le temps qui habite un lieu déploie, à travers le dispositif et la forme artistique réalisé par l'artiste, toute son épaisseur. Le lieu retrouve alors une vigueur mémorielle insoupçonnée. Doucet assemble des matériaux, réemploie des objets de l'ordinaire pour réaliser ses « sculptures ». Il crée ainsi des effets de sens, où, l'étrangeté, l'énigmatique, ont place. Mais, en fin de compte, derrière le jeu des aspects visuels à travers lequel son travail se présente aux habitants permanents ou éphémères d'un territoire, s'anime une dynamique rare de symbolisation qui permet à une communauté d'existants de faire corps en un lieu révélé par un acte artistique d'une exceptionnelle vigueur. |
| Christophe Doucet ... Christian Malaurie 2012 in Documents d'artistes Aquitaine translation LucieCluzan |
Christophe
Doucet sculpts space as much as materials. His vision ranges wide, from
the material elements that configure a territory, to the symbolic
elements that make it possible for people to live in it. He carries out
implementations, shapings that trouble the common representation of the
places where he performs. Thus, the identification modes that serve as
landmarks and limits, which define the essence of a territorial
belonging, are shaken, disturbed by the artist’s work. Christophe
Doucet’s production doesn’t aim so much at making artistic objects that
the world of art will classify under the category sculpture,
but rather at making anthropological objects with a strong aesthetic
value that may be reappropriated by the people living in the territory
where his intervention literally takes place.
Whether in Europe or in Asia, within his own culture or in another, he
proceeds in the same way, with the same will to produce a gift by
leading the looks of those he addresses to question the shape that is
given to see and its effects on life. Through these collective
reappropriations linked to a specific place, the living game of the
imagination that animates ordinary lives is here at stake in the form
of rituals, often lost ones —at least in the Western world. What some
would present as a banal gesture becomes, through the power of
intervention of the artist, a remarkable chance to reconnect to an
existing site, to reinvent some practices, to reactivate stories linked
to the place. A word is given in an artistic form; a word that belongs
not only to the artist but also to those he addresses with efficiency
as much as modesty. The monumentality of the sculptures exhibited in
full visibility leaves place to the aesthetic power of an invisible
that matches, creates a link with the inhabited space and makes the
spectator “face time”. The act of artistic production, signed by
Doucet, assumes full meaning in this particular manner in which the
time that inhabits a place spreads —through the device and the artistic
shape made by the artist— to its full thickness. The place then finds
unsuspected memory strength. Doucet puts materials together, reuses
ordinary objects to make his “sculptures”. He thus creates meaning
effects where the uncanny, the enigmatic find their place. But in the
end, beyond this play on visual aspects through which his work is
presented to the permanent or ephemeral inhabitants of a territory, a
rare symbolisation dynamics comes to life and allows a community of
beings to be as one in a place revealed by an extraordinary powerful
artistic act. |
Christophe Doucet, des signes dans la forêt Didier Arnaudet, in « le festin # 65 » printemps 2008 |
À la sortie de Taller, en direction de Dax, deuxième route à gauche après le pont. Christophe Doucet a installé son atelier dans une ancienne distillerie de résine et ce choix n’a rien d’anecdotique mais montre la puissance du lien qui le lie à la forêt des Landes. Il utilise des matériaux issus de son environnement quotidien (bois, pierre) ou abandonnés, marqués par les échos d’un monde industriel (éléments en fer, fragments de machines diverses). Ses sculptures conservent la trace, la mémoire des cabanes, des outils et des gestes des forestiers, et de la tension nécessaire à un processus de fabrication pour passer d’un état à un autre. On remarque le caractère rudimentaire des éléments assemblés, une certaine rudesse dans la présentation mais on ne peut douter de l’efficacité des constructions, des objets et des signes proposés (charrues, haches, couteaux, abris, formes familières ou incongrues). Chez lui, les éléments n’ont pas de valeur en soi mais en acquièrent dans leurs échanges mutuels. Il agit sur l’élémentaire et, dans une opération proche de celle de l’alchimiste, il le métamorphose. La Haute Lande fondatrice Variations sur un même thème Le temps et l’énergie de la sculpture Emouvoir et chanter les oiseaux |
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Christophe Doucet ancienne distillerie de résine 1151, route des gemmeurs F40260 Taller +33 (0)6 85 75 17 55 contact@christophe-doucet.com |